Un pont plus loin

Le pont de Kertch, dit aussi pont de Crimée, a été endommagé par une explosion avant l'aube de ce 8 octobre 2022. Débuter par sa photo situe bien l'action.

Je ne vais pas pour autant disserter à l'infini sur ce sujet.

Ce pont d'une vingtaine de kilomètre a dès le départ été un pont politique plus qu'économique.

Il fallait pour les russes rattacher la Crimée à la Russie de façon physique.

Ceci alors que le projet de 2016 apparaissait à beaucoup bien plus cher qu'une augmentation de la cadence des ferries vers le port de Kertch.

Sa valeur doit tourner autour de 3 milliards d'Euros.

A qui profite le crime?

Sans rire, France Info reprend un commentaire attribué à "un conseiller du président ukrainien" qui attribuerait à... la Russie l'attentat ayant endommagé une voie routière du pont.

C'est tout simplement ridicule, surtout le lendemain de l'anniversaire du Président russe Vladimir POUTINE. Sans oublier le prix payé et le symbole politique russe qu'il représente.

Sans oublier non plus les déclarations en août 2022 d'un conseiller de la présidence ukrainienne clairement identifié.


Le 17 août 2022, durant l'invasion de l'Ukraine par la Russie, le conseiller de la présidence ukrainienne Mykhaïlo PODOLIAK menace d'attaquer le pont de Kertch, considérant le pont comme étant une cible militaire légitime et que « ce pont est une structure illégale et l'Ukraine n'a pas donné sa permission pour sa construction. Il porte préjudice à l'écologie de la péninsule et doit donc être démantelé. Peu importe comment : volontairement ou non ».

Article complet de "France Info" à l'époque:

https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/crimee/guerre-en-ukraine-kiev-menace-de-demanteler-un-pont-reliant-la-russie-continentale-a-la-crimee_5312674.html


On peut bien évidemment comprendre que les ukrainiens avec une guerre sur les bras ne se souviennent pas de toutes les déclarations propagandistes de tous leurs dirigeants.

Ceci dit, ce pont controversé intéresse toujours tout le monde.


Notons en passant que même au centre de l'attentat le mode opératoire retenu (un camion piégé, a priori) a - apparemment - épargné les piliers porteurs.

Il y a de la casse, mais la circulation a vite été rétablie, et les réparations sont possibles relativement facilement. Même si le coût financier sera lourd, il est presque certain que pour le symbole les russes tiendront à réparer "leur" pont.

Outre l'avantage symbolique que cet attentat procure aux ukrainiens en dépit de trois morts, il devient un "point de fixation" qui devrait obliger l'armée et la police de Russie à intensifier les patrouilles de surveillance, et donc fixer un peu de monde sur cet objectif d'attentat.

Mais cela reste mineur.

Le vrai "bénéfice" dans cette propagande de guerre, il est dans les images au lendemain de l'anniversaire du chef de l'état Russe.


Bienvenue dans le monde réel et merveilleux du renseignement et des opérations spéciales.

Les deux étant nécessaires pour réaliser un "gâteau d'anniversaire" de cette qualité.

 

Puisqu'on parle du renseignement et des opérations spéciales, je signale (à nouveau) un auteur et un bouquin.

L'auteur, c'est Alain CHOUET. Notez qu'il suit la mode "hiver 2022": il a un col roulé.


Le bouquin c'est "Sept pas vers l'enfer", paru chez Flammarion, un ouvrage de référence sur le séparatisme islamiste. Un sujet surexploité politiquement et médiatiquement, mais où les documents sérieux sont bien plus rares que les articles "à sensations" de la presse du même nom.


Alain CHOUET est un homme dont les paroles ne réveillent pas ceux qui dorment, car il est conférencier. En revanche ses écrits éveillent souvent ceux qui le lisent, car parfois il écrit.


Ancien cadre de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure) spécialisé dans le contre-espionnage interne, ce n’est pas à la DGSE que je l’ai connu, mais tout simplement en raison du relationnel intergalactique d’un de mes bons cousins, Christian.

Un homme qui serait capable de vous organiser les Jeux Olympiques ou une Coupe du monde de football si vous le lui demandiez poliment, et que ce soit pour une bonne cause. Dans le cas d’Alain CHOUET, il avait organisé une de ses conférences à Nice.


De conférencier, Alain CHOUET s’est avéré bon camarade, avec un humour acéré lié à des commentaires décapants sur la vie du monde tel qu'il est... et depuis c’est un ami.


Désolé pour celles et ceux qui adorent les images d’Épinal, mais on s’est vus plus souvent en plein jour au Palais Préfectoral (ancien palais des Rois Sardes) de Nice qu’en pleine nuit sur un théâtre d’opérations.


Grand spécialiste du Moyen-Orient, je tiens à préciser qu’il est totalement innocent pour tout ce que j’ai pu rédiger sur mon blog concernant le Liban. Ce n’est pas à lui que vous devez d’avoir subi ma déferlante d’articles sur le Liban ou dans « L’Orient - Le jour » l’an dernier, mais à une toute autre personne, sur les hauteurs de Beyrouth, que je salue au passage.


J’ai pu (enfin) me faire dédicacer ce dernier bouquin d'Alain CHOUET « Sept pas vers l’enfer» car il était à Nice cette semaine.

L’édition numérique c’est bien, mais entendre l’auteur et faire dédicacer le livre, c’est mieux. En tous cas, moi je préfère.


Je vous conseille en tous cas sa lecture, qui combat un certain nombre de mythes solidement enracinés maintenant. Ce n'est pas un ouvrage raciste, sectaire ou obscur, mais un document solide qui apporte un peu de lumière, et pas uniquement sur "l'Orient compliqué" qu'il connait si bien.


Donc rangez votre grille de lecture. Lisez-le d'abord, jugez-le ensuite.

Et surtout, parlez-en, il adore les réactions des lecteurs.

Après tout, on paie (21,00 €; dont 1,20 € pour lui par exemplaire vendu) on a bien le droit de commenter.


Moi j'aime bien.

Ce n'est pas écrit par un "surmulot" de bibliothèque, et même s'il a passé un temps en ambassades il a vu la réalité du terrain en face.

La vie du tiers monde, et aussi la mort qui y règne.

 

La mort, ça me fatigue un peu, surtout en métropole, mais on ne peut pas y échapper.

J'y ai échappé surtout dans les Balkans, pour ce qui me concerne.


La semaine écoulée ce n'était pas de moi qu'il était question, mais de l'épouse d'un de mes anciens agents.


J'espère ne jamais faire partie de ceux qui oublient leurs hommes. Que ce soit dans les moments de fête ou de succès que nous avons célébrés, ou dans leurs peines.

Cet agent dont l'épouse vient de nous quitter, c'est en premier un homme véritable.


A l'heure où l'on nous parle à tout bout de champ de "reconquête républicaine", lui, pendant une quinzaine d'années je l'ai vu avec son équipier parcourir toutes les "zones" toutes les "cités", tous les "quartiers" HLM des Alpes-Maritimes, là où je les envoyais.

Depuis quelques années, il avait réussi à rejoindre une affectation basée au siège de l'Office.

Toujours ponctuel, régulier, efficace, et apte à se rendre à la demande partout sur le terrain où c'était nécessaire; en dépit de la maladie de son épouse qui l'affectait si durement.


Je ne me permettrai pas de commenter la maladie.

Je ne me permettrai pas de commenter sa douleur.

Qu'elle repose en paix , et que lui reste en paix.


Vendredi, je suis sorti de mes congés pour l'accompagner au bout de la route, au bout du grand parking, avec sa famille, avec ses amis, avec une poignée de collègues sur les 450 que compte plus ou moins la maison.


Une cérémonie toute simple, un moment de recueillement avant l'incinération.

Un de ces moments inéluctables où se mesure le vrai courage; celui où l'on fait face à la mort et au vide qui peut accompagner les restes de toute une vie.

Un de ces moments où l'on compte celles et ceux qui assument, celles et ceux qui comptent et qui ont fait la route pour être présents, réellement, au plus profond du deuil.


Abraham LINCOLN, le célèbre Président américain, avait une formule qu'il aimait dire à ses électeurs: "Vos mains chaudes me font du bien, dans ce matin frisquet".

Je confirme toute la pertinence de la formule.


Chez moi, le deuil se porte. Les femmes en noir font partie de notre paysage, encore maintenant.

Il y en avait ici, sur le continent ce matin-là, qui étaient venues en grand deuil.

Seul un aveugle n'aurait pas vu que cet effort vestimentaire n'avait aucun lien avec une mode.

C'était la marque du respect que l'on doit à celui que l'on connait et qui est frappé au cœur par la tragédie.


Devant la mort il n'y a plus ni riches ni pauvres, ni jeunes ni vieux, ni personne "d'important".

Il y a juste - parfois - des gens solidaires.


Un jour seulement après avoir vécu ces obsèques, je tenais à rendre un dernier hommage respectueux à la défunte; et à écrire qu'elle pouvait être fière de son mari pour son courage.


Mes fleurs de la semaine, c'est à elle et à sa famille que je les dédie. A personne d'autre.


Et puis, pour ne pas conclure sur une note triste, je voudrais vous remettre en mémoire l'essentiel, avec ce porte-clefs d'un ours en peluche célèbre qui redit à quel point nous pouvons être admirables dans les actes que nous arrivons à réaliser au quotidien.


Ne jamais oublier ce que l'on est:

"Plus courageux qu'on le croit,

Plus fort qu'on ne le semble,

Plus intelligent qu'on ne le pense"...

Bises aux dames, une en particulier qui a les clefs, et salut aux messieurs...


Avec mes condoléances à la famille endeuillée.


Didier CODANI


A Nice, ce samedi 8 octobre 2022


Shadow on Concrete Wall