Politique estivale

Bientôt le 15 août; la Corse encaisse ses touristes, la Côte d'Azur supporte ses politiciens.

Dans les deux cas, c'est à tous les sens du terme.


Pour la Corse, ce débat éternel n'a fait que se raviver avec la pénurie d'eau en Haute-Corse.

On arrose les golfs, en priant les indigènes de prendre leurs douches avec une amie pour économiser l'eau.

Bientôt, il faudra penser à couper la climatisation des domiciles pour permettre à celle des hôtels d'avoir assez d'électricité.

La gestion de la crise provoquée par le climat et l'afflux de touristes se passe très moyennement.

J'y reviendrai plus tard en fin de saison, s'il reste des rescapés pour me lire.

En vérité, à quelques jours de vacances que j'ai l'audace de croire bien méritées, c'est la situation politique niçoise qui m'interpelle.


Curieuse conception des mandats politiques que celle qui s'est mise en place depuis les dernières élections.

Des députés viennent jouer au Maire. Le Maire vient jouer au Ministre de l'Intérieur...

Tout ça pour sortir de la torpeur estivale qui accable visiblement les médias en été.


Alors on débute par un article de Laure BRUYAS dans les colonnes de Nice-Matin.

Un article concernant un squat de la maison d'une personne âgée hospitalisée.

Article bien écrit et nullement politique.

C'est la misère du pauvre monde exposée au regard public.

La journaliste fait son travail, dans un quotidien qui fait le sien. On est informés.

Comme quoi, même de nos jours, ça arrive encore.


Mais l'information n'échappe pas aux brillants politiciens que la terre entière nous envie en général, et au plus brillant d'entre eux en particulier.

Monsieur Éric CIOTTI, pour ne pas le nommer.


N'écoutant que son courage et son escorte, il se rend au plus vite sur place avec au moins un photographe.

C'est fort aimable pour un député de la République.

Comme quoi il a du temps pour les personnes âgées. Nul ne saurait l'en blâmer, jusque-là tout va bien.


L'ennui (qui naquit un jour de l'uniformité), c'est la tentation de lancer une polémique bassement politicienne.

Et nous le savons tous, ce qu'il y a de bon dans la tentation c'est d'y céder.

Plus précisément: "Le seul moyen de se délivrer d'une tentation, c'est d'y céder.

Résistez et votre âme se rend malade à force de languir ce qu'elle s'interdit."

Ce bon petit mot d'Oscar WILDE dans "Le portrait de Dorian GRAY" s'est encore une fois vérifié illico, presto, subito.


La visite de charité, parfaitement honorable, se transforme - hélas - en tribune avec foudres et éclairs.



Au milieu de l'été déjà si chaud par son climat, cela détonne et se remarque.

La cible principale, pour ne pas la nommer non plus, étant le Maire de Nice Monsieur Christian ESTROSI.

Le reproche qui lui est fait étant bien entendu de ne pas s'occuper de l'éradication des squatteurs.

Le verbe est haut, la tribune aussi, ce qui permet de mieux voir l'orateur foudroyer sa cible, qui n'est donc pas tant le squatteur que l'ancien ami politique.


Petit problème à ce stade: la compétence.

Ce que l'élu municipal ne manque pas de relever, car on tombait bien bas.

En effet, le délit en question n'est certainement pas du ressort d'un député, fut-il le plus beau, le plus honnête et le plus intelligent de l'hémicycle actuel.

Ce qui reste à prouver, soit dit en passant.


En effet et dans les faits, les reproches d'inaction ou d'inefficacité faits au Maire de Nice Christian ESTROSI manquent un peu de consistance.

D'abord, il est un vieux principe général du droit français qui expose que: "Nul en France ne plaide par procureur."

Si le propriétaire des lieux et/ou ses ayants droit ne portent pas plainte et ne sécurisent pas les lieux, nul ne peut le faire à leur place.

C'est tout de même leur propriété, et pas la voie publique.

Une action publique ne se baserait donc pas légitimement sur une plainte, mais sur une dénonciation des faits et des poursuites, avec octroi de la force publique.


Arrive là pour l'orateur, que dis-je, le tribun du peuple... un nouveau petit souci.


Effectivement le Maire de Nice, sans en faire tout un plat, a réagi, car lui c'est bien de son ressort en tant qu'Officier de Police Judiciaire.

C'est de son ressort, et de celui de ses adjoints ayant qualité d'OPJ. Au premier rang desquels, son premier adjoint, Monsieur Anthony BORRÉ.


Or Anthony BORRÉ, premier adjoint au Maire de Nice... n'avait pas attendu pour agir.

Il a bien saisi en temps et heure, dans les formes prescrites par l'article 40 du Code de Procédure Pénale, le procureur de la République.


Ce qu'il n'a pas fait, car cela n'est pas prévu a priori dans son mandat d'adjoint et d'OPJ, c'est de faire sonner de la trompette pour le faire savoir partout.


Il s'est contenté de dénoncer les faits conformément à la Loi. C'est bien.

À charge pour le Ministère Public d'apprécier - comme les textes lui en donnent la prérogative - la suite à donner et en l'espèce les poursuites à engager - ou pas.

Avec, ou sans, l'octroi de la force publique.

Force publique qui en France n'est pas d'emblée la Police Municipale ou le Garde Champêtre, mais la Police Nationale ou la Gendarmerie Nationale.


Première vraie-fausse polémique, qui aurait pu finir dans la mare aux canards puisqu'elle tombe de fait "à l'eau".

"Caramba, yé encore raté!" comme on dit dans les films mexicains de cape et d'épée.


Mais l'Afrique est bonne hôtesse (je vous laisse profiter de la contrepèterie au passage), et ses produits d'exportation pleins d'avenir vont encore faire trembler la Côte d'Azur dans les jours - voire les nuits - qui suivent.


Une nouvelle occasion de briller, pour l'astre des jours et des nuits de la dernière législature, avec du sang à la "une", du haut des colonnes de Nice-Matin.

"Quand le crime trouble la ville, Batman n'est jamais loin..."

Le petit squat n'était qu'un hors d’œuvre; avec un assassinat à Saint Augustin et des coups de couteau à l'Ariane on entre dans le bois dur de la sécurité.


Là encore, visite de commissariat (Les moulins) à l'appui avec une belle photo à la sortie; intervention de soutien aux policiers nationaux qui n'en demandaient pas tant.

C'est épatant.

De son côté, le Préfet des Alpes Maritimes est bien évidemment informé de ces règlements de comptes en plomb et en acier.

Sans hasard ni surprise, sans besoin de publicité, il a pu proposer des contre-mesures.

La plus simple, la plus rapide, surtout en été, c'est une force de renfort mobile: Escadron de Gendarmerie Mobile ou Compagnie de CRS.


Ce n'est certainement pas - aux yeux d'un criminologue - la meilleure réponse.

Il est rare que les forces déployées sur la voie publique parviennent à détruire des réseaux de trafiquants ou une organisation criminelle clandestine, sauf s'ils sont bien guidés et orientés.

Ce ne sont pas des agents sur la voie publique dont on a le plus besoin face à ce type de criminalité.

Mais en revanche, ça plait au peuple, et "ça rassure le bourgeois". Donc l'électeur.


C'est là que le raisonnement d'un bon serviteur de l'État (le Préfet) rejoint celui d'un ancien ministre qui en quasi simultané vient faire la même demande.


Ces forces sont faites pour aller et venir là où la demande est forte, et il n'y aura donc pas d'opposition à une demande qui finalement se rejoint entre la volonté de rassurer localement et celle de montrer une solidarité nationale face au crime.

Non seulement cet envoi de CRS peut faire effet pour la sécurité sur la voie publique, mais il fait aussi effet pour couper l'herbe sous les pieds des députés qui allaient eux aussi dans cette voie.


Encore une fois, ce n'est pas une vraie solution. La lecture de quelques rapports et dossiers d'un criminologue connu et reconnu comme Xavier RAUFER, par exemple, vous l'expliquera mieux que moi. Mais l'effet d'annonce va jouer en faveur du Maire de Nice qui remonte à la corde, avec de fait sinon en coordination le soutien officiel de l'État.

Tout est bien qui finit bien, ou qui pourrait finir bien.

Mais ce serait mal connaître l'esprit gaulois qui depuis Astérix (voir ce nom) caractérise l'élite de nos représentants.


Arrive donc une nouvelle polémique de cabinet noir, qui vise cette fois non plus le Maire de Nice, mais son premier adjoint et la Police Municipale.

Comme si la Police Municipale était en droit français chargée des crimes de sang et des trafics de stupéfiants, voire de la Police aux frontières...

Évidemment que non.


Certes, l'ancien Ministre et Maire de Nice Christian ESTROSI a eu un temps de très grandes ambitions pour la Police Municipale de Nice.

Il en a toujours. Mais dans le cadre des lois existantes.

À l'époque, il ne faut pas oublier que le député qui maintenant s'oppose à lui n'était pas en reste.

Il voulait des communications de fichier, des systèmes de traitement particuliers pour la vidéosurveillance, et une sévérité extrême dans les interventions de la Police Municipale.


Rendons à César ce qui lui appartient.

La Police Municipale de Nice a été soutenue à l'époque par l'ancien commandant du groupement de Gendarmerie des Alpes Maritimes, Benoît KANDEL, et cet effort a payé.

On doit beaucoup à cette période pour l'amélioration du moral, des équipements, et de l'entrainement.

Ensuite, "on" s'est fâché avec le premier adjoint de l'époque, ce qui n'a rien arrangé pour la Police Municipale.


Mais là, il y a front commun des élus à l'Assemblée Nationale comme au Conseil Municipal de Nice pour éluder le sujet.

Ce n'est pas sur ce point que portent les dernières critiques.


Elles portent sur le nouveau premier adjoint Anthony BORRÉ, avec des mots très durs.

Durs et - je le crois à mon humble avis - pas mérités.


Qu'il y ait eu des soucis de direction dans la Police Municipale de Nice en raison d'une affaire judiciaire où le Maire de Nice comme son premier adjoint ne sont ni responsables ni coupables, c'est un fait.

Affirmer maintenant sur la base d'un de ces "cabinets noirs" dont la presse "people" raffole que le premier adjoint serait responsable et coupable de défaillances de la Police Municipale est incontestablement une accusation grave.

D'autant plus injustifiée qu'encore une fois c'est attribuer là à cette Police Municipale des prérogatives qui ne sont pas les siennes, des champs d'investigation et d'action qui ne peuvent pas être assumés par des APJ-21, les Agents de Police Judiciaire Adjoints.

Il ne suffit pas de doter les policiers municipaux d'un matériel et d'un armement moderne et performant.

Encore faut-il que nos lois, qu'un député ou une avocate ne peuvent ignorer, permettent leur usage en toute situation.

Or, on l'a vu pour l'usage de drones, on l'a vu pour l'usage d'armes létales comme les excellents pistolets automatiques Glock dont les policiers municipaux ont été dotés, ils ne peuvent se servir de ce qu'ils ont que si la Loi le permet et pas "par extension" ou pour "faire feu de tout bois".

Ou alors, il faudrait... changer les lois!

Aucun problème pour se lancer bille en tête sur cette question en proposant naturellement encore plus dur et encore plus répressif.

Peut-être que cela serait bon, d'ailleurs.

Mais ce n'est à l'évidence pas de la compétence actuelle de Monsieur ESTROSI ou de Monsieur BORRÉ.


Encore une fois, beaucoup de talent, beaucoup de paroles indignées, mais... en pure perte.

Il faut une majorité que "Les Républicains" n'ont plus à l'Assemblée Nationale.


En outre, est-ce le bon combat à mener en priorité cet été?


Je préfère une indignation plus modérée, mais mieux assise pour légiférer, comme celle de Maître Christelle D'INTORNI qui cible bien la commission des lois de l'Assemblée Nationale.


Là où l'on nous prépare un projet élargissant considérablement les droits électoraux des étrangers hors de la Communauté Européenne.

Car là on nous prépare non seulement le droit de vote des étrangers, mais le droit d'être élu dans les conseils municipaux.



Les Français ne vont plus voter? Les étrangers iront à leur place.

La vie politique ne les passionne plus? Les étrangers se feront élire - vote communautaire aidant - à leur place.

Et ces conseillers municipaux venus du Chili ou de l'Argentine, ce ne sera pas le Pérou.

Car ne l'oublions pas, ils deviendront ensuite grands électeurs pour les sénatoriales.

L'effet de levier sur le Sénat sera considérable.


Il y a là un vrai péril pour l'État, pour la Nation telle que nous la voyons actuellement.

Remplacement des électeurs, remplacement des élus de proximité, création de "lobbies" pour les élections au Sénat...

Petit remplacement? Ou grand remplacement?

Regardez bien le texte.

Lisons-le, et apprécions quand une élue - Christelle D'INTORNI sur ce cas - détecte la menace.

Menace que je crois bien plus réelle et sérieuse pour notre pays que la modeste influence d'un adjoint au Maire de Nice dans le commandement de la Police Municipale.


En résumé, je trouve ceci bien triste, bien petit, que ces interventions qui pour la plupart nous rappellent que:

"Quand les drapeaux sont déployés toute l'intelligence se trouve dans la trompette".


Nos députés ne sont pas des élus d'un village de montagne, mais de toute la Nation.

Quand ils se préoccupent de toute la Nation, ils remplissent leur fonction.

Quand ils se préoccupent d'un squat, d'une seule municipalité, d'un élu local, d'un fonctionnaire (même si c'est un Directeur de Police Municipale) remplissent-ils bien leurs fonctions?


Ils ont du temps libre.

C'est l'été.

Ils ont de la bonté d'âme...


En fait, ils aiment tant le Maire de Nice, qu'ils veulent l'aider à mieux gérer la ville dont il est élu Maire.


C'est très gentil, et le Maire de Nice devrait les remercier publiquement pour tant de sollicitude à son égard.

Mais encore une fois, est-ce leur fonction?

Je crois que c'est une sorte de supplément gratuit offert par l'Assemblée Nationale.


Quand le supplément commence à porter ouvertement atteinte à l'honneur et à la considération que l'on doit à un conseiller municipal, par exemple, je crois qu'il vaudrait mieux s'en abstenir...

Surtout quand en plus ce n'est ouvertement fondé que sur des rumeurs vaguement calomnieuses.


J'ajoute que je trouve agaçant, étant dans l'opposition au Maire de Nice Christian ESTROSI et à son premier adjoint Anthony BORRÉ, de devoir faire des compliments à ce dernier trois fois par semaine au milieu de ce mois pour son travail.

Mais à cause des accusations infondées qu'il reçoit, et des preuves de travail efficace qu'il donne en réponse, comment faire autrement pour rester juste honnête?


Être un opposant, ce n'est pas être un opposant à tout.

Ce n'est pas non plus, comme le disait un ancien président de la République connu pour plus de choses que juste d'avoir été décoré de la Francisque, "jeter aux chiens l'honneur d'un homme".


Monsieur Anthony BORRÉ est un adversaire politique, pas un ennemi personnel.


Alors oui, dans l'opposition on relève les fautes, on les cherche si besoin est.

Mais par pitié que l'on cesse d'emplir des pages de journal ou des lignes d'écran pour ce qui n’est en vérité qu'un ensemble d'attaques personnelles.

Attaques, je le répète, car ce n'est pas digne, aux limites de la calomnie.


Alors moi tout seul dans mon coin, et pour vous qui me lisez, je remercie nos élus municipaux.

Tous nos élus et pas juste ceux de Nice.

Je les remercie pour chaque fois, chaque jour, où ils font œuvre utile pour la collectivité.

Je remercie de même nos députés, homme et femme, pour leur hauteur de vue, pour leur vision de l'avenir de notre pays, même si parfois la vision est au ras des pâquerettes.


Je remercie nos députés pour ne pas s'abaisser à des attaques "ad hominem".

L'écrire en latin ne rend pas l'action meilleure, mais ça donne aux lecteurs l'impression qu'on les considère davantage.


C'est le cas, en réalité.

Je vous considère bien plus vous qui faites l'effort de vous intéresser à la vie publique, que ceux qui n'y voient que la course à un fauteuil, un maroquin, un strapontin...

Ou une ambassade maintenant que le corps diplomatique n'existe plus.


Bises aux dames, surtout celles que je crois honnêtes dans leurs fonctions, et salut aux messieurs, surtout ceux qui travaillent sans polémiquer,


Bonnes vacances si vous allez en prendre. Bon courage si vous en revenez.


Didier CODANI


A Nice, ce mercredi 10 août 2022, juste avant minuit.



P.S. : Merci à Nice-Matin, qui a le mérite d’exister.

Merci à Laure BRUYAS, Stéphanie GASIGLIA, Grégory LECLERC… et quelques autres vrais journalistes, qui eux ont le courage d’exister.


Merci aussi et par exemple, à Corse Net Infos.


Sans oublier... 2.500 kilomètres plus à l’Est de la méditerranée, « L’Orient-le-Jour » à Beyrouth, dont je suis abonné depuis un an, et dont je renouvelle mon abonnement pour un an de plus. Pour la qualité de la langue française qu’ils défendent, pour la beauté de leurs articles et l’indépendance de leurs points de vue. Dans un pays, le Liban, où quand les mots d’un journaliste ne plaisent pas, il peut se faire tuer du jour au lendemain.

Ne les oublions pas.

Shadow on Concrete Wall