J'ai faim
- 21 juin
- 3 min de lecture

"S'il vous plait... quelque chose à manger".
Pourquoi?
"J'ai faim".
13h00 environ ce dimanche.
Une dame âgée entre 70 et 80 ans, propre, habillée correctement, visage triste et fatigué, assise pas trop loin de l'entrée d'une supérette de quartier.
"Quelque chose... n'importe quoi".
J'ai trois bananes qui dépassent sur mon sac de courses.
Les rouleaux de papier-toilette ou la lessive ne seront pas utiles dans ce cas-là, évidemment.
Alors je prends une des trois bananes, je la sépare des deux autres et je la lui donne.
"Merci".
Je n'encourage pas la dépendance ou la mendicité, je partage simplement un tout petit peu de mes ressources par charité.
Loin des visages fermés et pincés de tous les bien-pensants de la "bonne société" niçoise que je connais.
Loin du "je paie déjà des impôts" ou pire "j'ai déjà donné à la quête".
Pire, parce que c'est mépriser l'esprit même de la vraie charité. La charité n'est pas une taxe que l'on subit, c'est un don de soi, un don que l'on prend sur soi et qui est surtout le don de la vie.
Ce n'est pas - loin de là - une question d'argent.
C'est une implication dans le partage.
Pas un formulaire pour défiscaliser, mais la volonté d'assurer à l'autre qui implore de quoi passer la journée, la nuit, la semaine peut-être...
Pour cela la banane c'est bien. La boite de sardine aussi.
Ce n'est pas ce qui coûte le plus.
Ce qui compte ce n'est pas tant l'argent que la volonté de partage.
Hier, après avoir longuement lutté, un de mes camarades est mort.
Mort "des suites d'une longue maladie" comme on dit.
Un bon camarade.
Il me semble, cet après-midi, l'entendre de sa voix me dire:
"C'est bien. C'est une bonne chose".
Il aimait bien ces phrases courtes où tout est dit en peu de mots.
C'était un homme qui ne cherchait pas d'excuses, mais des solutions pour les problèmes sur sa route.
Qu'il repose en paix, et jusque dans sa mort il m'a inspiré.
Ne recherchons pas les excuses, les primes, les récompenses.
Gardons en mémoire l'histoire de la veuve de Sarepta ou de celle de Naïm, et surtout celle qui avait donné pour les pauvres deux petites pièces faisant un quart de sou.
C'est si peu en apparence que l'on croirait pouvoir s'en dispenser, mais non; et même les plus pauvres peuvent donner, même sans espoir de récompense.
Car la vraie récompense n'est pas dans le public, dans le regard des autres, mais dans notre conscience.
Alors fallait-il vous écrire un mot pour une simple banane?
Oui, parce que ce n'est pas pour se vanter d'un geste économiquement si dérisoire. C'est pour vous inciter simplement à la réflexion, et au passage à l'acte une prochaine fois.
La prochaine fois que vous croiserez la misère, la faim, la soif, ne détournez pas les yeux. Regardez et jugez.
Jugeons-nous nous mêmes.
Sachons nous demander si nous pouvons - ou pas - faire un effort, et si les raisons d'un refus ne seraient pas - par hasard - un catalogue d'excuses pour notre égoïsme naturel.
Bonne journée, bon dimanche, bonne fête de la musique.
Nous sommes le 21 juin, c'est l'été qui commence.
Je vous souhaite un été généreux pour vous.
Bises aux dames, salut aux messieurs,
En premier pour les dames à celle qui m'envoie des photos pour que je n'oublie pas la fougère; et je ne l'oublie pas.
En premier pour les hommes, libres et de bonnes mœurs, à celui qui vient de partir pour la lumière éternelle, et que je n'oublie pas.
Qu'il repose en paix, et que nous nous portions tous bien, en gardant sa mémoire.
A Nice, ce dimanche 21 juin 2026 premier jour de l'été,
Didier CODANI






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