Commander et obéir.

Il y en a qui sont faits pour commander et d'autres pour obéir. Moi je suis fait pour les deux.

Ce midi, j'ai obéi à mes instincts en commandant un deuxième pastis.


C'est le regretté Pierre DAC qui le disait, je me contente de pratiquer et de ne pas l'oublier.

Je me suis laissé dire à ce sujet par d'excellents amis, au cours d'une conférence puis d'un déjeuner, que je n'écrivais plus. Plus assez en tous cas.


Il est vrai que les sujets ne manquent pas et que je m'exprime peu.

C'est qu'il y a une grande différence, arrivé à tant d'années d'expériences professionnelles, entre savoir et faire savoir.


Pour ceux de mes camarades qui l'ont trop vite oublié, nous avons signé un jour un papier très formel en entrant en service. Puis bien longtemps après il y en eut un autre, en quittant le service.

Je n'ai jamais oublié ce papier, surtout le second, qui m'a valu un aller - retour SNCF en première classe et une nuit à Paris au Cercle, avec la voiture qui m'attendait à la gare.

Ce n'est pas pour les largesses (au demeurant modiques) de la République que je l'ai gardé en mémoire, mais pour les restrictions à venir que cela impliquerait dans mon écriture.


J'ai commandé, je dois obéir.

D'ailleurs ceux qui commandent le mieux sont - dit-on - ceux qui ont commencé par savoir bien obéir.


Ma conception de l'obéissance a parfois inquiété mes chefs.

Soit parce que j'exécutais ( paraît-il ) à la perfection et qu'en comparaison ils faisaient pâle figure, soit parce que j'avais tendance à admettre l'idée que l'initiative est une insubordination qui a réussi; alors que pour eux "réfléchir c'est commencer à désobéir".


J'aurai bien des raisons de noircir du papier en ce début d'été si chaud.

Mais je ne le ferai pas vraiment, ou juste comme d'habitude.


Sachez par exemple que je suis, comme vous peut-être, agacé du décalage grandissant entre la propagande de guerre que nous lisons, voyons et entendons urbi et orbi sur l'Ukraine, et la réalité du terrain. Que ce soit celle des cartes que l'on ne peut masquer, ou celle des diplomates que seuls quelques hommes avisés distinguent.

Ce grossier mensonge public est hélas la règle de tous les conflit.


J'ai écouté ce merveilleux résumé de Caroline GALACTEROS, qui se permet avec élégance de dire quelques vérités claires.

Elle peut le faire, car son résumé aussi fin soit-il dure une heure. Personne ou presque ne le regarde. En tous cas rarement jusqu'au bout. Ce qui est vraiment bien dommage.


En face, les propagandistes de nos grands médias nous déclament en 5 minutes que "POUTINE est fou - c'est le diable - les Russes sont des bouchers, des assassins en uniforme; ils sont ruinés, foutus - les soldats désertent - les chars tombent en panne - l'armement occidental qui équipe massivement les Ukrainiens leur fera gagner la guerre". Etc, etc...

En 5 minutes.


Le fait que la défaite Russe n'arrive toujours pas, le fait que les objectifs initiaux des Russes soient presque tous atteints à ce jour, ne les trouble pas.

Quant à chercher à identifier les vraies causes du conflit, on s'en passe. Pour Simplet, la folie meurtrière voire satanique du chef des armées Russes et de ses soldats explique tout.


J'en vois d'ici qui rigolent dans le fond, et ils ont raison. C'est si grossier que c'est risible.

Mais ne l'oublions pas, ces mensonges d'état, relayés sans sourciller par des journalistes qui sont devenus des porte-parole d'intérêts financiers et politiques étrangers "passent" bien.


En 5 minutes tous les jours, cela coule comme de l'eau et cela s'avale d'autant plus facilement qu'il fait chaud et que le peuple aime être rassuré; être dans "le camp du bien".


Certes, j'insiste sur ce point car je partage cet avis l'agression militaire de la Russie contre l'Ukraine est contraire au droit international. C'est une guerre, et cette guerre aurait pu être évitée. Mais évitée par qui?

C'est là que les points de vue peuvent diverger entre ceux qui suivent au quotidien la marche du monde (nos gouvernants) et la population que l'on rassure en l'endormant.


N'oublions jamais ce mot de Mark TWAIN:

"La vérité a la vie dure, mais un mensonge bien raconté est immortel".


Alors "on" évite de nous parler de la fin de la guerre froide; "on" évite de vous troubler avec les avancées inexorables de l'Occident poussé par son plus puissant composant à aller toujours plus loin pour que l'Ouest avance à l'Est, ou pour que l'Est se démembre vers l'Ouest, si vous préférez.

"On" oublie les promesses non tenues et l'arrogance de l'Ouest.

"On" oublie un peu de faire remarquer le redressement douloureux mais fort, des Russes; leur patience, leur montée en puissance lente mais réelle face à l'encerclement occidental.

Je m'arrête là, car je m'en voudrai de plagier Caroline GALACTEROS et quelques autres très brillants conférenciers dont la réputation n'est plus à faire.


Je valide des avis officiels si rassurants, et je m'inscris en faux contre les défaitistes habituels.

Ces gauchistes attardés qui parent "l'armée" de toutes les vertus uniquement en période électorale.

Tout comme les braves gens qui hélas ne connaissent plus nos armées et donc avalent tous les bobards d'une "armée d'expéditions coloniales" qui serait "incapable de défendre le pays", puisque "personne n'irait se battre" en dehors des militaires professionnels.


Il est vrai que nombre de dames à qui j'ai expliqué qu'en cas de mobilisation elles seraient mobilisées comme les hommes... ont soudain changé de discours et de couleur.

L'égalité oui, mais pas pour aller en première ligne, hein... Le treillis, le fusil, c'est NON.

Ou à la rigueur "dans le peuple" pour quelques exaltées patriotardes de province.

Mais les autres "vous comprenez", les parisiennes intelligentes, ce sera juste la tenue de sortie pour commander depuis l'arrière, dans un bunker climatisé.

La boue, le sang, les cris des blessés, l'odeur des cadavres, la faim, la soif, l'attente, l'angoisse... c'est pour les hommes.


J'ai bien senti que le style de commandement de ces dames-là c'était "allez-y" et pas "suivez-moi".

Dans le bunker elles n'avaient pas l'intention de refaire Berlin en 1945.

Elles se consacreraient plutôt à peaufiner la demande d'armistice dès le premier mort et l'acte de capitulation ensuite.


Il faut bien reconnaître qu'avec la tenue de sortie, l'arme la plus facile à manier c'est le clavier ou le stylobille.

Un simple pistolet peut faire des faux plis à la taille ou laisser des traces de gras.


Je m'empresse de dire que j'ai connu des femmes dans nos armées, en opérations, en OPEX, qui n'étaient ni des folles militaristes ni des illettrées, ni des défaitistes maniérées.

J'ai connu une mère de famille qui a reçu (bien tard, d'ailleurs) la croix du combattant.

J'en ai connu d'autres (OSC) qui ne venaient pas pour "faire carrière", mais qui avaient une certaine idée de la France; comment la défendre, au péril de sa vie si nécessaire, et comment la servir, en attendant mieux.


Dans mon entourage il y a aussi des filles et des femmes de militaires qui n'ont pas choisi le métier des armes. Certaines qui croient manquer de courage, mais dont je sais pourtant que si demain on devait compter sur elles, elles seraient là.


Alors il n'y a nul "sexisme" dans mon propos. Juste l'agacement de constater cette "égalité" réclamée et déclamée par certaines qui disparaît dès qu'un vrai péril s'annonce.

Égales oui, mais avec certaines qui seront plus égales que d'autres; avec moins de risques et plus de confort.


Mais pourquoi parler de tout cela?

On nous l'a dit et répété; on gave d'armement les Ukrainiens pour qu'ils puissent se battre "jusqu'au dernier".

S'ils meurent tous, ce ne sera pas de notre faute, avec tous les "like" qu'on leur aura mis sur Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux...

Et là on fera la paix avec les "méchants" Russes; qui du coup ne seront plus aussi "méchants" qu'actuellement.

On leur dira quand même qu'avoir envahi l'Ukraine c'était pas bien.

Enfin... sauf si ça les vexe.

Auquel cas, on rédigera plus aimablement l'acte de capitulation.


Je plaisante, bien sûr.

Ne vous inquiétez pas.

"Nous vaincrons ( sans nous battre ) parce que nous sommes les plus forts". Comme en 40...


Je n'ai guère été aimable ce soir, tout au long de ce billet de blog improvisé pour celles et ceux qui se plaignaient de ne plus me lire assez souvent.


Pourtant en écrivant, me revenaient des pensées - dont certaines émouvantes - qui concernaient des femmes et des hommes, des camarades, qui m'ont inspiré.


Pour conclure, comme il serait fastidieux de citer tout le monde, je ne donnerai que quelques exemple de celles et ceux que j'ai vu passer ces dernières années où j'ai su commander après avoir su obéir; marchant parfois à contre-courant, mais toujours dans le sens de l'honneur.


Je pense à un vieux camarade, capable de parler à la mort, et à sa vieille amie la maladie, en face. Pour leur dire que ce matin il mettrait un beau costume et qu'il traverserait tout seul la ville pour revoir ses amis, ses camarades, et faire des commentaires acerbes (ou à Serbes) depuis les derniers rangs, sous les ors prestigieux d'une salle de conférence improvisée à l'Opéra.

Je pense à un autre vieil officier, colonial et parachutiste, qui avait choisi comment il voulait mourir et qui nous manque le samedi matin, quand on fait le marché en refaisant le monde.

Je pense à deux lieutenants féminins qui m'ont tiré d'affaire au fond des Balkans là où un crétin masculin n'était pas fichu de décrocher le téléphone; et elles sont allées, elles, jusqu'à venir me chercher pour me faire repasser la frontière.

Je pense à un ami, officier supérieur de la Légion Étrangère, avec lequel on a tant rigolé qu'il a failli faire un malaise au milieu de la nuit, toujours dans les Balkans.

Je pense à une "sportive" qui m'a sorti d'un camp ( et m'a ramené ensuite ) sous une couverture à l'arrière d'une Land-Rover, en Afrique. Malheureusement avec une clim en panne et 45 degrés à l'ombre... J'en ai encore chaud au cœur.

Je pense à tous ces camarades de réserve à l'heure où la guerre était froide, qui étaient volontaires et le sont restés, pour faire face à l'Armée Rouge; quand nous savions à quel point notre espérance de vie serait nulle à l'avant des lignes "amies", si jamais "ils" passaient à l'offensive. Je ne les oublie pas; avec leurs épouses qui les ont soutenus.

Je pense à un officier de Police féminin qui a débuté gardienne de la paix et à qui personne dans la Police Nationale n'a fait le moindre cadeau pour gravir un par un les échelons.

Je pense à un officier de Police masculin, qui était un ami et un camarade, qui lui n'a pas supporté - n'a plus supporté - et qui un soir s'est hélas mis une balle dans la tête... R.I.P.

Je pense à tous ceux qui se portent volontaires pour faire campagne en tous temps, en tous lieux et sans restrictions, en unité combattante. J'en ai été. Je ne le regretterai jamais.

Je pense à une femme d'officier en OPEX, et aussi à une femme de caporal-chef.

L'un est revenu d'Afghanistan, l'autre n'est jamais revenu du Liban.

Je pense à une fille d'officier en qui j'ai confiance, et qui a bien plus de courage qu'elle ne le croit; car il faut du courage pour traverser ce qu'elle a traversé en menant deux vies de front.


Nous pouvons tous faire ce genre de liste, quand nous sommes plus près de la fin de carrière que du premier emploi ou de l'entrée en école. Je n'insiste pas.



J'ai des pommes de terre au coulis de tomates, ail et oignons, qui m'attendent.

"Sous le feu" comme dirait mon estimé camarade le colonel (ER) Michel GOYA.

Sauf que là ce n'est pas "la mort comme hypothèse de travail", c'est "la patate comme aliment de survie".

Entre elle et vous j'ai choisi: Je vous abandonne.


Bises aux dames, celle qui a vu mes fleurs en premier... en premier;

Salut aux messieurs; honneur aux morts, bonheur aux vivants.


Didier CODANI


A Nice, ce dimanche 3 juillet 2022

Shadow on Concrete Wall